12 YEARS A SLAVE, BIEN PLUS QU’UN FILM

09 - 03 - 2014 | Chon Crick

L’histoire avec un grand H est une belle maîtresse. Vielle femme frivole aux rides épaisses qui s’offre à nous très tôt. Quand on commence à la découvrir à travers les manuels scolaires. Assis en classe, on ingurgite des informations qu’on s’empresse de régurgiter - à l’heure des devoirs - face à de grandes personnes à la mémoire défaillante. On conserve cette insolente confiance pendant longtemps jusqu’à ce que l’évidence saute aux yeux : on ne sait pas tout ! Surtout sur l’esclavage, sujet qu’on aborde pourtant dès le jeune âge…   Avec 12 Years A Slavequi a reçu l'oscar du meilleur film, dimanche dernier - nous sommes redevenus des enfants. Hauts comme trois pommes. Parce qu’une (grosse) venait de nous tomber sur la tête. Big Apple, surnom de La ville de l’état de New York. Un état où peu avant la moitié du 19ème siècle, Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) vivait...
SOLOMON PERD LE NORD ET ATTERRIT AU SUD
Saratoga Springs. C’est là-bas que ce musicien vit, avec sa femme et ses deux enfants. Libre de ses allées et venues. Jusqu’à ce qu’on lui propose un travail à Washington…A cette époque, c’est un marché aux esclaves. On y organise des ventes aux enchères, des auction block. Hommes femmes, enfants, tous sont exposés avant d’être séparés. Ils prennent ensuite un aller simple pour l’enfer des maisons et des plantations. Direction le Sud en général et la Louisiane, en particulier.
Coups de fouet, têtes baisées. Devenu esclave, l’homme enchaîné pense avoir perdu le Nord quand il atterrit dans cet état du Sud. Durant douze longues et pénibles années, Solomon rebaptisé « Platt » à son insu, y vit au gré des changements de maîtres. Propriétaires terriens qui ont droit de vie et surtout de mort sur eux et qui de surcroît multiplient les humiliations. C’est le cas notamment d’Edwin Epps (Michael Fassbender). Barbe rousse et cœur de pirate, ce monsieur abuse régulièrement d’une esclave, Patsey (Lupita Nyong’o). Une jeune femme frêle qui est pourtant la plus prolifique dans les champs de coton. Ces plantations d’où s’élèvent des chants. Des work songs retentissent afin qu’entre autres ces travailleurs forcés ne baissent pas les bras. « Roseaux humains » qui plient mais ne rompent pas, y compris sous les coups de fouet. Dans 12 Years  A Slave, on les voit en long, en large, en travers, même en chair et en os ! Ces lanières en cuir qui déchirent le dos avant que des gouttelettes ne jaillissent, que de larges entailles n’apparaissent. C’est ainsi que l’ancien homme libre et ses compagnons d’infortune vivent. Dans la violence. Alors, il porte comme un manteau invisible son secret qu’il finit néanmoins par confier. C’est le début de la fin d’un calvaire qu’il va raconter par la suite. Une histoire portée à l’écran par le réalisateur Steve Mac Queen.

ÁPRES LE GRAND ÉCRAN, PLACE AUX MANUELS !
Depuis quelques années, de nombreux cinéastes s’emparent de la riche histoire des noirs américains. A cause de l’actuel locataire de la Maison Blanche ? Toujours est-il qu’on ne peut le nier. Façon western pour Tarantino et son Django Unchained. Un biopic pour Spielberg avec le combat de Lincoln pour l’abolition de l’esclavage. Ou plus récemment avec Le Majordome de Lee Daniels. Le thème est le même mais, le style lui change. Steve Mac Queen va plus loin que ses prédécesseurs. Très souvent, on entend mal la voix de ces sans-voix. Or dans ce récit, on entend tout, on voit tout. Comment l’histoire de ce violoniste sonne comme du pipeau aux oreilles de ses geôliers. Pour eux, il est un runaway nigga from Georgia. Un esclave en fuite, comme il en existait des milliers. Ces hommes aux vêtements transformés en haillons après les coups de fouet s’échappaient et empruntaient l’Underground Railroad. Un chemin de fer clandestin pour regagner les Etats du Nord. Une fois libres, certains se mirent à raconter leur histoire. Des slaves narratives comme celui à partir duquel le cinéaste britannique a travaillé. Mais, le cas de Northup n’est pas le seul. Bien au contraire. Et quand la parole est aux esclaves, l’émotion est reine. Compagne de ces hommes et femmes aux visages résignés mais aux yeux remplis. 

Remplis d’une lueur (d’espoir) qu’ils ne sont pas sur de voir parce que, la mort rôde. Alors, ils se battent comme ils peuvent. Outre l’empoisonnement des bêtes, il y a les negro spirituals. Ces chants d’esclaves servent à s’encourager et à briser la cadence infernale, sous les yeux de maîtres ignares. Récompensé en 1999 par le Turner Prize – récompense individuelle pour un artiste contemporain, le réalisateur de Shame livre une copie assommante de réalisme. Exécutée avec le scénariste John Ridley et l’acteur/producteur Brad Pitt, cette manœuvre s’avère être un double coup gagnant. Un oscar donc, et l’histoire de Northup qui figurera au programme des lycées publics américains. Une suite logique. En effet, même si certaines scènes comme dans le bateau ne sont qu’à moitié vraies, l’ensemble est plus que cohérent. Un récit poignant comme un cri qui déchire la nuit.   Nous sommes pour la plupart des « prisonniers consentants » de cette histoire qui nous enferme dans des carcans. Systèmes de pensée qu’on apprend dès le plus jeune âge. Peu enclins à récolter des éléments, à partir desquels nous pourrions pourtant forger notre propre opinion. Il n’est pas trop tard pour céder aux « avances » de cette vielle folle. Au fond Dame Histoire nous veut du bien. Et surtout faire en sorte que nous composions la nôtre, d’histoire. 



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