LE VENDEUR DE TRÊVE

08 - 09 - 2017 | Chon Crick

« Vendredi, on dure pas au champ ! », clame le premier arrivé dans les bureaux. Dans le strict respect de cette maxime – dont on ignore l’auteur, les derniers salariés quittent rapidement les lieux. Á 16h30, au plus tard. Les uns jettent leurs forces dans un rangement de dernière minute, tandis que les autres se jettent à reculons dans les embouteillages, et leurs files anarchiques. Au milieu d’eux, des vendeurs-harceleurs balancent compliments et fiches techniques de leurs produits, le temps d’une trêve où tous les coups sont permis. C’est à quelques mètres de ce centre commercial, et ces clients qui mettent Cap sur le Sud, que le vendeur de trêve apparut.
FASHION VICTIME DE LA MODE URBAINE
Coupe drégadé avec ses courts cheveux crépus, tee-shirt bleu qui découvre ses bras minces, jean coupe droite qu’il rattrape chaque fois à la dernière minute, pour maintenir un semblant de suspense sur la couleur de son sous-vêtement, le jeune homme en Zénith[1] ressemble à n’importe quel adolescent qui suit la mode urbaine ! Á l’exception de sa transparente monture ronde, et sans verres, pour laquelle un blogger lifestyle tuerait père et mère.
Dans sa main, un objet de la vie courante qui pourrait changer son week-end : un téléphone, de forme rectangulaire. Loin des standards habituels des abidjanais pour qui la taille compte.
Derrière ses lunettes sans verres, le garçon tout juste sorti des entrailles de l’adolescence a repéré sa cible : un monsieur qui avance péniblement.
FUIS-MOI, JE TE SUIS !
La vitre que ce quadra en chemise à gros carreaux a ouverte l’expose. Aux attaques du soleil et des vendeurs. Dans la fente, le vrai-faux binoclard se glisse, lui propose le produit, le conducteur regarde puis détourne les yeux. Premier rendez-vous manqué. Puis, il revient à la charge.

Á la façon dont il débite les paroles, on devine qu’il vante outrageuseument les qualités de son téléphone : la durée de vie de la batterie « qui dure longtemps deh », la résistance aux chocs « qui gâtent pas téléphone oh » et surtout le prix « cadeau hein ». En ce début du mois, l’heure n’est pas encore à l’économie. Le monsieur chauve semble intéressé. Mais, les voitures avancent alors, lui aussi.
L
esté par le poids de son sac à dos qu’il porte à titre décoratif, le garçon court, rattrape son jean et revient à la charge. Les pourparlers qu’on observe, de quelques mètres derrière, sont dans la dernière phase : les négociations.

CHAP CHAP !
« 15.000 ? », « 10.000 ? », impossible de connaître, à ce moment-là, le prix de départ. Et puis soudain, le jeune homme glisse sa main dans son jean pour en extirper, non sans mal, un petit chargeur noir. Avant de sortir de son sac, la boîte du téléphone. La vente main à main s’est faite ! 
« 10.000 francs ! Chap chap[2] ! », révèle-t-il fièrement en passant devant nous. Soit le prix d’une trêve. Pendant que le « tonton », monsieur plus âgé et à l’aise financièrement que soi, essaiera son nouveau gadget, lui s’offrira un poulet braisé accompagné d’alloco et d’un rafraîchissement. Ou mettra plutôt l’argent de côté.
Si on ne connaît pas l’inventeur de « Vendredi, on dure pas au champ ! », on sait au moins que c’est un jeune vendeur de trêve qui a montré que : « Vendredi, on dure pas dans vente ! ».

[1] Tapettes en caoutchouc aux sangles de couleur.
[2] Á la vitesse d’Usain Bolt.



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