SESS ESSOH, ARTISTE CONTEMPORAIN SOLIDE

23 - 02 - 2017 | Chon Crick

« Bon entretien ! » lance l'organisatrice à la touffe de cheveux naissante. Sa voix chaude et maternelle se mêle aux messes basses de ces personnes venues au bar-restaurant-salle-de-concert BAO-Café à Cocody. En cette soirée au temps clément, ces petits bavards sont aux premières loges pour ne rien perdre de l’échange entre le photographe Paul Sika et le plasticien Sess Essoh ; ce dernier y présente son exposition « Friction » jusqu’au 25 février prochain. Portrait d’un vingtenaire à l’inspiration intimement liée à l’actualité.
 
ADJOUKROU MANGE ATTIÉKÉ SANS BOIRE DE L’EAU
Comme ces tontons galéjeurs qui ne tarissent pas d’éloges sur leurs exploits passés, le jeune homme « a toujours été premier » lorsqu’il était sur les bancs de l’EPP Toupah-SAPH. Á chaque passage dans sa ville d’origine Toupah, il y retourne et se promène dans l’école vide. Avec ses pensées comme seul écho.
C’est à l’adolescence en feuilletant les bande-dessinées Marvel, et ces super-héros sombres, qu’il entend pour la première fois l’appel des beaux-arts. « J’ai toujours voulu me différencier ! », dit-il en balançant machinalement son pied gauche dans le vide.

Fidèle à la réputation des « adjoukrou qui mangent attiéké sans boire de l’eau », l’interprète du quotidien partage ses souvenirs sans avaler une seule goutte.
Pour étancher sa soif d’artiste-en-devenir, avec ses dessins qu’il a commencés à réaliser à l’adolescence, il a rejoint l’École Nationale des Beaux-Arts d’Abidjan.

LA MINUTE DE L’ARTISTE
Comme un clin d’œil à son histoire, la rencontre du soir a lieu à quelques mètres de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle – ou INSAAC pour ceux qui ont le souffle court.
Dans cette fabrique d’esprits rebelles et créatifs, il a obtenu son diplôme d’Études Supérieures Artistiques en 2012 à la fin d’un parcours semé d’embûches. Avec une soutenance qui a failli ne jamais se faire.
Il est vingt heures sept, quand la musique des pas étouffés résonne. Les quelques retardataires arrivent à temps pour assister à la « minute de l’artiste » et ces étudiants qui s’empressaient de signer leurs toiles, dès l’obtention de leur diplôme. « On signait en même temps ! », se souvient-il sourire aux lèvres. 
Sous les crac crac des photographes, les balancements du pied sont plus rapides, la voix devient plus grave quand Sess Essoh évoque « ces artistes qui ne sont jamais venus à l’INSAAC ». 

Ils auraient pu les aider, ses amis étudiants et lui, leur montrer que l’art nourrit son homme. D’aucuns pensent en effet que la galère est la toile de fond de tous les artistes. Cette vision pessimiste, l’artiste au sourire mi-franc, mi-crispé, la combat à travers son travail notamment.

QUE LA FRICTION SOIT !
Au cœur de son exposition « Friction », dans le cadre de la Cité des Arts par A’Lean & Friends, les relations humaines. Extrait :
« C’est ta petite robe noire qui m’excite…
Son p’tit nœud Couleur « Or ».
Tu aimes quand je suis sauvage,
Et tu détestes quand je fais le sage -        
Lol »

Pour mettre en lumière ces gens qui fusionnent puis se frictionnent, ces cicatrices invisibles à l’œil nu qu’ils portent, l’exposant a appliqué sa méthode. 

D’abord un travail de recherche puis d’écriture avant d’aller chercher lui-même le bon support ou encore le tissu à Adjamé. Où la pagaille qui y règne ferait fuir une personne ordonnée et son fonctionnement sans faille ! Puis, il réalise ses toiles à coups d’acrylique ou de pastel.

Dans ce lieu hybride, les bises claquées en silence, avec ces joues qui s’effleurent à peine, se font entendre à mesure que l’entretien touche à sa fin. Scotchés par les propos teintés de sincérité et de maturité de l’artiste, les participants, tassés dans le fond, redeviennent acteurs. Certains posent des questions tandis que d’autres demandent des conseils.
Á ces jeunes étudiants de l’INSAAC en quête d’assurance, il dit ceci : « Il faut accepter d’apprendre ! » avant d’ajouter face à leur moue dubitative : « On peut s’en sortir ici ! ». Lui, le jeune ivoirien, qui n’a jamais pris l’avion, n’a pas eu besoin de s’exiler pour vivre de son art. Grâce à toutes les expériences qu’il a vécues, c’est un artiste contemp-o-rein solide.


Vingt-et-une heure et sept minutes, fin de la soirée. Sess Essoh descend de la scène, l’air soulagé, la satisfaction du devoir accompli. Probablement conscient qu’il a participé à « un bon entretien ».  



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