DES MOTS COULEUR IVOIRE

28 - 11 - 2013 | Chon Crick

« C’est comment ? ». C’est par cette expression passe-partout que nous prenons généralement les nouvelles d’un ami, d’une connaissance, d’un proche, etc. Elle a pour synonyme le traditionnel « On dit quoi ? ». Ces termes ne sont qu’une infime partie d’une langue française que nous nous sommes appropriés. Tentative d’explication.  

DES EXPRESSIONS BIEN CALÉES
 
Lorsque vous demandez à quelqu’un « C’est comment ? », la personne répond, la plupart du temps : « On est calés ». Le « on est calés » a plusieurs variantes.   En voici quelques-uns : « On est calés comme calebasse », mais aussi « On est calés comme Pepe Kalle », ou encore « On est calés comme Kallet Grégoire » et enfin, comme le bel inconnu de la Chronique Éloge de l’ennui : « On est calés comme souris d’ordinateur » ! Il est impossible de répertorier toutes les possibilités !  
Et pour cause, les mots évoluent constamment. Ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est pas forcément demain.  
Prenons un autre exemple. Dans un pays où l’apparence est importante, il existe mille et une façons de complimenter quelqu’un, lui faire savoir qu’il est bien mis. « Tu es frais !». « Trop de points pour toi ! ». Voici-là quelques-uns des moyens de faire savoir à une personne qu’on apprécie sa tenue.  
Comment expliquer cela ? Ces mots qui sont constamment en ébullition ? Cette langue qui varie en moins de temps qu’il faut pour l’apprendre ?   Chercher une explication signifierait se lancer à la conquête du Graal. Peine perdue.  

LA LANGUE DE MOLIÈRE
 
Ce français que nous employons entre nous est un français imagé, où les fautes importent peu finalement. En un mot, pas besoin de parler un français soutenu, « langue de Molière » comme on l’appelle familièrement.  
Cette langue se situe quelque part entre la complexité de la langue française et la théâtralité de la langue de Dante. C’est un mélange pour le moins original ! Les faits saillants d’une actualité parfois remplie jouent le rôle de déclencheur. C’est un grenier dans lequel beaucoup d’entre nous puisent allègrement.  
Souvenez-vous, il y a quelques années pour dire de quelqu’un qu’il menait la belle vie on lui disait : « Tu vis la vie de Lougah », du nom de cet ancien chanteur, un « bon vivant ». Aujourd’hui encore, pour parler d’une personne qui « s’enjaille tout le temps », on reprend cette expression.  
Autre exemple. Pour dire se dépêcher on dit « gagner en temps ». On obtient ainsi « J’ai gagné en temps » plutôt que « Je me suis dépêché ».   Souvent les expressions en vogue s’accompagnent d’onomatopées du type « deh », « hein». 
Ainsi, pour bien mettre l’accent sur l’élégance d’une personne, on dira : « Tu es frais deh ! » plutôt que « Tu es frais ». Pour mieux faire passer le message, il ne faut pas hésiter à en faire des tonnes, jouer avec les mains. Un peu comme certains Italiens le font parfois.   
Nouvel exemple. Si vous entendez l’expression : « Faut bien parler ! », cela ne veut pas forcément dire que vous vous exprimez mal. Au contraire. Cela signifie plutôt que vous devez faire effort, être plus compréhensif en somme. 

Cette formule revient souvent dans le cadre de négociations parfois âpres où un acheteur - après moult tentatives – finit par lâcher : « Faut bien parler ! ». Il incite en fait le vendeur à baisser son prix. Scène de vie quotidienne de la ville d’Abidjan où le marchandage n’est pas un vain mot, mais un comportement.  
Cette langue est un délice pour les amateurs de bons mots et un supplice pour les professeurs de français. Mais, comment les choses pourraient-elles différentes ?  

LA LANGUE, SIGNE DE RECONNAISSANCE VOCALE  
Ce ne sont pas moins de soixante ethnies qui composent cette terre « où le succès repose sur l’Agriculture ». Ce français que nous nous sommes, en quelque sorte, réappropriés, est un signe de ralliement, un signe distinctif, une signature ! Notre signature !  

Lorsque vous partez à l’étranger, que ce soit dans la sous-région, ou dans les pays du Maghreb ou encore « derrière l’eau », comme on le dit communément, cette façon si particulière de s’exprimer, d’omettre volontairement les articles par exemple, est un moyen de reconnaissance. 

Si vous entendez quelqu’un dire la phrase suivante : « Donne-moi chose-là », il y a fort à parier que ce soit un ressortissant ivoirien ou quelqu’un qui y a vécu. Inutile de vous dire qu’à ce moment-là, si vous étiez tout seul, sans connaissance dans un pays étranger, vous êtes capables de le ou la prendre dans vos bras, tant vous serez ravis.  

TRAIT D’UNION
 
Élément constitutif d’une nation, la langue est le trait d’union entre les habitants d’un même pays. Nous avons volontairement fait une distinction entre ce français que nous parlons de manière plus ou moins fréquente et le nouchi que beaucoup d’entre nous affectionnent. Il y a plusieurs différences notamment au niveau du ton qui est encore plus familier. Dans nos prochaines publications, nous allons y revenir.  
Les quelques expressions que nous avons choisies peuvent sourire faire quand on les entend, mais c’est un peu comme une œuvre d’art qu’on découvre pour la première fois. Il y a de l’incompréhension puis des interrogations et enfin, la lumière apparaît. Les couleurs se font plus belles. C’est la même chose pour ces mots de couleur ivoire que nous employons. Ils sont peut-être flous mais pour nous, leur utilisation est claire comme de l’eau de roche.  

Pour aller plus loin, nous pourrions ajouter que chacun d’entre nous est un artiste dans le sens où il peut créer une expression avant de la populariser auprès de ses amis ou dans sur les réseaux sociaux, ces « voies rapides de la communication ».      



Facebook Twitter Google Plus

SESS ESSOH, ARTISTE CONTEMPORAIN SOLIDE

23 - 02 - 2017 | Chon Crick

« Bon entretien ! » lance l'organisatrice à [......]


Lire la suite ...

ABIDJAN LIT UN PEU, BEAUCOUP, PASSIONÉMENT

10 - 12 - 2016 | Chon Crick

C’est à l’Espace Créateurs N’Zassa à [......]


Lire la suite ...

SOURIEZ, VOUS ÊTES PHOTOGRAPHIÉS !

12 - 02 - 2013 | Beebee Brown

Depuis quelques temps, nous assistons tous autant [......]


Lire la suite ...

SI L’ART M’ÉTAIT CONTÉ

18 - 05 - 2012 | Chon Crick

C’est un exercice difficile que de demander [......]


Lire la suite ...