SI L’ART M’ÉTAIT CONTÉ

18 - 05 - 2012 | Chon Crick

C’est un exercice difficile que de demander à un artiste de parler de lui dans la mesure où il est tellement absorbé par son travail, plongé dans son univers que le langage passe exclusivement par son œuvre. En d’autres termes, là où l’artiste se tait, son œuvre parle pour lui. Dans notre volonté de mettre sous le feu des projecteurs de jeunes artistes, nous avons demandé à deux d’entre eux de se présenter. Il s’agit de Jean-Eudes Kacou et de Tidiane Doumbia, un peintre et un photographe qui organisent le Mardi 22 Mai à la Boule Bleue en Zone IV, une exposition sobrement intitulée LIGNES & LUMIERES. Rencontre avec ces jeunes talents.
Il est vingt-deux heures passées de plusieurs minutes, l’heure à laquelle les lumières s’éteignent progressivement dans les maisons. C’est à cette heure là que nous rencontrons ces deux jeunes gens qui peaufinent les derniers détails de leur exposition. Après un échange courtois, la conversation débute.   Il y a quelque chose qui frappe d’emblée quand nous les écoutons. La simplicité, avec laquelle ils se racontent. La vingtaine largement entamée, ils se sont tous les deux assis sur les bancs, à des périodes diverses, du Collège International Jean Mermoz. Puis, ils sont partis à l’étranger pour poursuivre leurs études et c’est là-bas, au milieu des cours et des livres, qu’ils ont réellement découvert leur passion.   Tidiane Doumbia, le plus jeune des deux, s’est découvert un véritable intérêt pour la photographie le jour où l’un des professeurs, ancien opticien, a donné un cours enflammé sur la photographie. « Ça a été comme une révélation.  J’étais animé d’une nouvelle et brûlante curiosité », confie t-il. Ainsi depuis trois ans, il s’adonne à sa passion. Il faut voir l’énergie avec laquelle il communique autour de son art. Il nous assure qu’il essaie de dénaturer le moins possible la photo, en se contentant des retouches possibles en argentique (teinte, contraste, saturation, etc).La voix pleine d’assurance, il nous explique aussi comment il fait par exemple pour mettre en image le vol d’un oiseau. « D’abord, je prends un objectif très lumineux si possible, stabilisé. Je règlemon exposition à cause du ciel. J’anticipe le shoot. Puis, je retiens mon souffle, quand je peux, afin que la photo ne soit pas trop floue », précise t-il. Présentés comme tel, les mots sonnent comme des détails, mais ce sont ces petites choses qui font la différence entre un photographe auto-proclamé, comme il en existe des centaines, et un amateur aux reflexes de professionnel. Ce sens du détail reflète une volonté constante de bien faire. Et c’est cette même volonté qui anime le second exposant, Jean-Eudes Kacou.
Ce qui ressort des propos prononcés de cette voix parfois à peine audible, c’est le fait que ce peintre ne se contente pas de prendre un pinceau pour peindre. Non, il veut aller au-delà de ça. En d’autres termes, il essaie autant que faire se peut de susciter de l’émotion, proposer un contenu susceptible d’attirer l’attention de celui ou celle qui regarde.   Depuis son adolescence, il manifeste un certain intérêt pour la peinture. A ce propos, il a d’ailleurs suivi très tôt les cours de maîtres tels que Monique Aggrey, Moody’s, etc. 

Il a ensuite délaissé sa passion pour se consacrer à ses études. Mais, à la faveur d’une immobilisation forcée, il se remet à peindre. Il renoue avec cet art,  cette chose qui le fait décrocher un large sourire lorsqu’il en parle. Lorsque nous lui demandons combien de temps il lui faut pour réaliser une toile, il dit ceci : « Il me faut en moyenne deux mois ». Cela nous a semblé long, mais il s’est empressé de préciser la chose suivante : « C’est de la peinture à l’huile. Il faut que ça sèche. C’est pour que ça je prends autant de temps pour une toile ». En y réfléchissant bien, nous nous sommes secrètement dit que la valeur d’artiste ne se mesure pas forcément aux nombres de toiles ou aux photographies qu’il vend, mais plutôt à la façon dont il se consacre à son art. En ce qui concerne l’art, ces deux jeunes hommes auraient pu crier en cœur : « Je ne suis pas un artiste ». Cette appellation contrôlée n’est pas le signe pour nous d’une modestie feinte ou d’un manque de confiance en soi. Bien au contraire, le jeune homme a pleinement conscience que son travail n’en est qu’à ses balbutiements et que la marge de progression est énorme. Quant à Jean-Eudes Kacou, qui par ailleurs a déjà exposé à Paris, il partage le même avis que son ami. « Je ne me considère pas comme un artiste », martèle t-il à plusieurs reprises. C’est assez surprenant d’entendre ce type de propos de la part de deux personnes qui baignent dans le milieu de l’art. Plus surprenant encore, le projet lui-même. En effet, il est rare, du moins jusqu’à présent, de voir un peintre et un photographe s’associer dans le cadre d’une exposition. Le titre même de ce rendez-vous culturel, LIGNES & LUMIERES, est pour le moins original. Les deux amis qui rejettent avec vigueur le terme artiste ont voulu montrer qu’il existe des similitudes entre la peinture et la photographie. Ils souhaitent, en quelque sorte, mettre en lumière le fait que la frontière entre les deux ne tient qu’à une ligne. Par ailleurs, plus qu’un exposition, un rendez-vous culturel, il s’agit pour d’une manière de montrer que l’art en Côte d’Ivoire n’est pas l’apanage d’une catégorie de personnes. Il est accessible à tous. Jeunes ou moins jeunes, amateurs ou professionnels. La différence se situe juste au niveau du regard qui n’est jamais le même sur une oeuvre. C’est également le point départ vers quelque chose de plus grand. Ils manifestent le désir secret de créer une dynamique, de s’associer, à plus ou moins long terme, à des artistes et ce quelque soit leur domaine d’expression. Mais chut nous en avons déjà trop dit…   Nous sommes certains que cette exposition, à laquelle nous espérons vous voir nombreux, va satisfaire les curieux, ceux qui sont avides de savoir et qui comme les deux adultes ne se définissent pas forcément comme des artistes.



Facebook Twitter Google Plus

SESS ESSOH, ARTISTE CONTEMPORAIN SOLIDE

23 - 02 - 2017 | Chon Crick

« Bon entretien ! » lance l'organisatrice à [......]


Lire la suite ...

ABIDJAN LIT UN PEU, BEAUCOUP, PASSIONÉMENT

10 - 12 - 2016 | Chon Crick

C’est à l’Espace Créateurs N’Zassa à [......]


Lire la suite ...

DES MOTS COULEUR IVOIRE

28 - 11 - 2013 | Chon Crick

« C’est comment ? ». C’est [......]


Lire la suite ...

SOURIEZ, VOUS ÊTES PHOTOGRAPHIÉS !

12 - 02 - 2013 | Beebee Brown

Depuis quelques temps, nous assistons tous autant [......]


Lire la suite ...