BASSÂME

13 - 07 - 2016 | Chon Crick

Réunis au cœur de ce centre commercial, Playce to be pour de nombreux Ivoiriens, plusieurs artisans exposent leurs œuvres. Bijoux en argent, toiles, sculptures, tous les goûts sont dans les grandes allées – clairsemées, en cette fin d’après-midi. Ce vendredi 22 avril, outre les employés de ce grand groupe de distribution, de bleu vêtus, ils sont quelques-uns à assister à cette exposition Bassamois Arts. Si certains des exposants n’y étaient pas ce 13 mars, jour de l’attaque de Grand-Bassam, d’autres n’ont rien oublié.
  
« IL FALLAIT ÉVACUER TOUT LE MONDE »
« Ca commence à revenir », commente Geneviève Obou avant que l’émotion ne l’empêche de poursuivre l’explication qu’elle a à peine démarrée. Vêtue d’un ensemble pagne, avec un foulard noué autour de la tête, la dame aux figurines était sur place ce dimanche-là.
« Une dame est venue me voir après l’attaque (ndlr). Ca nous a beaucoup aidés », explique-t-elle, l’émotion aux bords des yeux et des lèvres.
L’attentat de Grand-Bassam, M. Ouattara, gérant du Wharf Hotel, lui aussi l’a vécu en direct.
« Il était 12 h 30 – 13 heures, lorsque des coups de feu chez nos voisins ont retenti. On pensait que c’était des pétards », raconte sereinement ce monsieur de taille moyenne.
« C’était deux personnes à l’apparence normale avec des kalachnikov», d’une voix monotone avant de poursuivre, « Il fallait évacuer tout le monde. Tout le monde s’est réfugié dans le hall. Il y avait deux cent personnes ».
Difficile de croire que dans ce hall de quelques dizaines de mètres carrés, où un aquarium et ses quelques poissons nagent dans une eau trouble, tant de personnes étaient réunies ce jour-là.
« Ils (les terroristes) ont continué, ne voyant personne. La police bassamoise a d’abord sécurisé la zone avant que les militaires ne viennent. L’affrontement a eu lieu plus loin », dit ce monsieur au tee-shirt blanc.
Plus loin, c’est l’Étoile du Sud, hôtel cossu, et ces nombreuses couronnes funéraires – posées contre le mur - qui ont rendu l’âme depuis. Les terroristes ont bu une bière avant d’y pénétrer.
Ce 13 mars-là, dix-neuf personnes auraient perdu la vie. Et depuis, nombreux sont ceux qui sont sur le sable.
« PERSONNE POUR NOUS AIDER »
Les quarante-trois kilomètres qui séparent Abidjan et Grand-Bassam fondent à vue d’œil sous les coups d’accélérateur et ceux du soleil, omniprésent en ce début Mai[1]. Il n’y a que les «  fils de l’Anarchie », ces piétons imprudents qui, traversant entre « gbaka »[2] et taxis, sont capables de faire en sorte que les automobilistes lèvent le pied. Trop pressés pour rejoindre les plages de sable et de détritus. Ou encore, voir les artisans.
 « Il n’y a personne pour nous aider », révèle d’emblée Dembélé Zoumana.

Á l’entrée du Centre Artisanal de Grand Bassam - en cours de rénovation, ce mince trentenaire à la voix enjouée s’active sur son métier à tisser. Lui « qui a entendu le bruit des fusils le jour de l’attaque » attend désespérément des clients.

Dans le grand hall où les masques font la tête, les nouveaux climatiseurs à l’arrêt laissent le champ libre à la chaleur et les objets d’art attendent de trouver preneurs. Amoureux de la culture, simples curieux ou touristes fortunés, rares sont ceux qui franchissent le pas du centre. Et quand c’est le cas, ils font l’objet d’une cour assidue.
Comme ce couple d’Européens à qui Dembélé le tisserand « souhaite la bienvenue », d’un sourire obséquieux. Ils repartiront, comme ils sont venus, les mains vides. « On prie pour que ça s’arrange », lâche-t-il après leur départ.
D’autres comme lui ont tissé de solides liens avec la galère.

MILITAIRES ET CHAMBRES VIDES
Accrochée au mur, l’écran plat diffuse les images de cette chaîne d’information continue, France 24, tandis que le personnel du Wharf s’active pour le peu de clients qu’il y a en cette fin de matinée ensoleillée. Ils sont une demi-dizaine autour de la piscine.
« 80% de baisse depuis le 13 mars (ndlr) ! », avance le responsable de l’hôtel. Puis avec cet air placide, il poursuit : « On a déjà cinq séminaires annulés ! En moyenne pour un long week-end, le taux de remplissage est de 70/80%. Mais là, il est de 20% ». 

Si les clients sont aussi rares qu’une pièce de 200 francs CFA, les gendarmes eux sont présents. « Trois y sont en permanence », assure M. Ouattara.
Air grave à peine dissimulé par des lunettes de soleil et arme à feu bien visible, un policier assure également la sécurité devant l’Étoile du Sud.
Si la sécurité a été renforcée après cet événement, certains se sentent « abandonnés ». C’est le cas notamment de certains artisans qui n’auraient reçu qu’une faible aide.
« Le centre a reçu beaucoup d’argent (plus d’un million selon leurs propos) mais nous (les artisans) on a reçu 30.000 francs par personne », se désole M. Kouamé Grégoire, bronzier inquiet pour la suite.
Elle s’annonce en effet difficile pour ces hommes aux mains habiles, tant la ville exhale la mélancolie. La tristesse s’installe dans les rues désertes sans faire de vagues.
« Même les crabes avaient peur de sortir », plaisantait ce jeune artiste peintre optimiste.
Aucune trace de ces petits animaux à pinces, en allant vers cette plage recouverte de plantes et d’objets en tout genre. Ils se sont sans doute réfugier au fond de ces nombreux petits trous.

Grand-Bassam n’y est pas encore, dans le trou, mais elle a perdu son âme depuis ce 13 mars.    

[1] Lundi 2 Mai 
[2] Mini-bus de transport en commun



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