LA GOUBESTINE, LE SPLEEN VERSION IVOIRIENNE

28 - 02 - 2013 | Chon Crick

Goubestine. La simple évocation de ce nom fait tourner à plein régime la machine à devinettes. Est-ce un médicament, une nouvelle danse comme il en sort tous les trois mois ? Ou encore un geste technique ? Aucune de ces propositions ne sied ! Et pour cause, derrière ce terme se cache en fait un état d’esprit proche de la déprime. Sorte de mélancolie dont il est parfois difficile de se détacher. Décryptage.  

CHAGRIN ET CHANSONS D'AMOUR
  
Le mot goubestine vient du nouchi (argot ivoirien) « goubai » qui signifie peine de cœur. Par extension, elle désigne le fait pour quelqu’un d’en souffrir. Ainsi, plutôt que dire : « Il a un chagrin d’amour », on dira : « Ah mon type-là, il a la goubestine deux jours-là ». La personne atteinte de ce mal éprouve les pires difficultés pour se mouvoir. « Même pour aller manger alloco, c’est palabre ! » comme on le dit familièrement. Sacrilège !  
Cette expression renvoie donc au champ lexical de l’amour. Chagrin d’amour donc, mais aussi une demande restée lettre morte, ou encore une rupture douloureuse et le meilleur pour la fin, la dépression amoureuse.  
Petite précision, le chagrin d’amour s’entend aussi bien pour la personne en couple que pour le ou la célibataire.  
En clair, le mal auquel nous nous intéressons est utilisé pour définir un état d’esprit, qui oscille entre résignation et colère froide. Du moins c’est qui se passe dans la plupart des cas…  
Il y a aussi ceux qui pleurent en silence, mais aussi ceux qui pleurent à chaudes larmes et enfin ceux qui écoutent en boucle les chansons d’amour telles que « So Sick » de Ne-Yo ou encore « Lost Without You » de Robin Thicke.  
Peut-être que toi-même tu as tellement écouté ces chansons que tu connais maintenant les paroles par coeur. Nous n’insisterons pas davantage sur ces souvenirs douloureux, ces plaies encore purulentes…  
LE SPLEEN  Á L’IVOIRIENNE  
Lorsqu’on entend le mot goubestine, on ne peut s’empêcher de penser au « spleen » de Baudelaire. C’est dans le recueil de poèmes les Fleurs du Mal (1857) que le terme est apparu pour la première fois. Il renvoie à un état mélancolique, une sorte de vague à l’âme. Mais la différence entre la goubestine et le spleen se situe principalement à deux niveaux.  
Chez ce poète français du 19ème siècle, cette souffrance est synonyme d’action.   En effet de cette léthargie, cette paresse, il est possible d’en tirer le meilleur. Comme un texte bien écrit par exemple.    
Nous-mêmes, il nous est déjà arrivé d’écrire sous les effets de la…goubestine. Si d’autres écrivent pour exister nous, nous avons « besoin de nous sentir mal pour écrire ». Nous écrivons parfois pour éviter de trop réfléchir.  
Tu fronces peut-être déjà les sourcils mais détrompe-toi parce que : « La tristesse est une maîtresse qui lorsqu’elle vous serre dans ses bras vous permet de réaliser des prouesses ». Quand on l’accueille à bras ouverts, du moins…  

Seconde différence, la goubestine naît d’une déception amoureuse, contrairement au spleen qui lui n’a pas d’origine particulière.  
On a également tendance à associer la goubestine à l’Équipe nationale de Côte d’Ivoire, la Séléphanto. C’est même un des résultats qu’on obtient lorsqu’on tape « goubestine » dans la barre de recherche de Google…

En effet, lorsque les Éléphants sont de sortie, un doux parfum flotte dans les rues abidjanaises. C’est un étrange mélange entre enthousiasme exacerbé et une déception exagérée. La relation qui unit la sélection ivoirienne et ses fans est tumultueuse. Elle oscille entre passion et détestation, sans doute que les nombreux échecs de la Séléphanto y sont pour beaucoup.  
Certes, la goubestine se manifeste de façon visible. L’envie de ne rien faire, le repli sur soi, etc. Nous nous sommes demandé s’il était néanmoins possible de la mesurer.
UN MAL CONTEMPORAIN ?  
Soit l’hypothèse suivante : dans une relation, chacun des partenaires apporte quelque chose à l’autre. Nous avons fixé une échelle de valeur comprise entre 0 et 10, dix étant la plus haute valeur. Il s’agit de mesurer ce que ton ami(e) t’aurait apporté. Tu détermines la valeur d’arrivée, puis la valeur de départ de votre relation, avant de calculer le taux d’évolution (Taux d’évolution = VA – VD / VD).  
Si le taux obtenu est compris entre 0 et 50%, tu es susceptible de développer la maladie. À l’inverse, s’il est supérieur à 50%, c’est bon. Tu es sain et sauf. Tu peux sereinement vaquer à tes occupations. Amuse-toi à faire ceci chez toi , tu verras.
Nous avons fait les nôtres et le moins qu’on puisse dire, c’est que les résultats sont parfois surprenants.  
Et si elle était le reflet de notre époque ?
Selon le sociologue et octogénaire Zygmunt Bauman, « les rapports hommes et femmes sont devenus moins francs que par le passé ». Ils se liquéfient dans cet océan qu’on appelle la société de consommation. De même, les réseaux sociaux – censés rapprocher les individus – les éloignent en fait. 

Imagine un seul instant que ton meilleur ami souffre de la goubestine. Si en plus, il a un smartphone, c’est la catastrophe ! Il va rafraîchir sa page Facebook toutes les cinq secondes pour être sûr qu’il n’a pas manqué une apparition même furtive de sa belle. Le réseau social n’est plus alors un vecteur de rapprochement, mais une source d’éloignement. Le « malade » s’éloigne de son entourage, bercé par les illusions d’un monde virtuel.  
Cette expression peut faire sourire. Du moins quand on l’entend pour la première fois. On se demande ce qui peut bien se cacher derrière.
Puis, lorsqu’on sort de l’obscurité, qu’on sait de quoi il s’agit, le sourire qu’on arborait s’efface pour laisser place à la compassion. C’est une maladie qu’on ne peut souhaiter à personne.
Mais dans une société de consommation où tout est devenu une denrée périssable, y compris les sentiments, se faire larguer est devenue monnaie courante. Il n’y pas de remède, si ce n’est la présence de tes ami(e)s, tes proches. Nous t’aurions bien conseillé la dégbaciline mais ce médicament destiné à combattre le fait qu’on soit dégba, c’est-à-dire déçu n’est pas encore commercialisé.  
Reste à aller voir le docteur House, ce spécialiste des maladies en tout genre. Avec un peu de chance, il saura t’aider. Et comme on dit chez nous : « Ça aller !».      



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