IL FAUT SAUVER LE COMMANDANT CRISTIANO

02 - 04 - 2016 | Chon Crick

Toute ressemblance avec des évènements futurs n’est que pure coïncidence.
«Muchas gracias a todos» dit celui qui vient de remporter son cinquième Ballon d’Or, renforçant encore un peu plus son statut de «meilleur joueur du monde».
Ce 11 janvier 2016, le petit argentin gaucher opte pour un sobre costume noir, à des années lumières de ce qu’il avait l’habitude de porter il y a encore quelques années. Ces costumes flamboyants qu’il avait empruntés à de généreux sapeurs congolais et qui déclenchaient rires et moqueries sur les réseaux sociaux.
Pas de rires, ici. La salle du Kongresshaüs de Zurich remplie d’anciennes et actuelles gloires applaudit l’élu. Entouré de son agent Jorge Mendes et sa mère Maria Dolorès, engoncé dans un costume croisé gris anthracite, un autre frappe timidement dans ses mains. Présent parmi les trois finalistes, ce grand portugais droitier écrase quelques larmes. Sentant les caméras se braquer sur lui, il accélère alors comme à ses plus belles heures mancuniennes pour s’échapper.

LES SIFFLETS DE BERNABEU
Les smartphones, qui se mettent à sonner comme des alarmes de voitures frôlées par un bolide, couvrent le bruit léger de sa sortie. Sa vitesse de pointe supersonique – estimée à 33,6 km/h, selon une étude récente – l’empêche d’entendre les quelques sifflets qui circulent progressivement entre les allées. Cristiano Ronaldo y a échappé cette fois-ci, contrairement au dernier Clasico.
Ce 21 Novembre 2015, le Real reçoit le Barça sous les yeux de 81.044 spectateurs venus assister à ce nouvel épisode de la guerre des étoiles. Mais, les rares occasions madrilènes se soldent le plus souvent par des arrêts de Bravo comme ce face-à-face entre le portier chilien et le numéro 7 madrilène. Après Piqué, et son attachement à l’indépendance pour la Catalogne, les supporters sifflent celui que Sepp a «blatterisé» El Commandante Cristiano. La rencontre se termine par un score sans appel, (0-4).
Ce sont surtout les performances du triple Ballon d’Or qui sont visées, dans ce mélange de colère et frustration.  
CRISTIANO RONALDOMINE MOINS
Comme une impression de déjà-vu, une croyance profonde que même les onze buts qu’il a inscrits dans la première phase de la Champions League ne sauraient faire disparaître. Ce nouveau record que le joueur aux cheveux gominés a établi ne change rien ou presque à une évidente vérité : Cristiano Ronaldomine moins.
Exilé sur son aile gauche comme Napoléon sur l’île de Sainte-Hélène, le commandant madrilène est loin de ses troupes. Le trentenaire au buste droit arpente son couloir gauche, en faisant les cent pas tel l’Empereur qui s’ennuyait à mourir là-bas. Mais contrairement à ces 125 soldats qui montaient la garde sous les fenêtres impériales, le Commandant Ronaldo jouit d’une totale liberté. Le repli défensif ne fait pourtant pas partie de son arsenal.
Et si Napoléon, qui rendit son dernier souffle sur cette île, échangeait régulièrement avec ses compagnons d’infortune, c’est tout le contraire pour le Commandant des formes armées madrilènes. Hormis son fidèle lieutenant Benzema avec qui il combine si bien, les autres ont du mal à l’approvisionner correctement.

Quand ce n’est pas le jaillisement d’un défenseur attentif, c’est le geste de trop qui l’empêche de filer droit au but. Alors, la mauvaise humeur enlaidit son visage lisse, les mots qu’il a marmonnés se voient sur tous les écrans petits ou grands, plats ou tactiles. Les autres mots qu’il a glissés à l’oreille de Laurent Blanc, un soir de Novembre 2015, le destineraient eux à un exil doré. En effet, les rumeurs l’envoient déjà en jet privé à Paris.
UN QUINTET POUR LE SAUVER
C’est là-bas, quelque part dans le hall d’un somptueux palace parisien, sous les lambris dorés que Cristiano Ronaldo réapparaît. Casquette sur la tête, Ray Ban Aviator sur le nez, visage vieilli par une barbe drue, sweat à capuche gris et tee-shirt blanc frappé d’une virgule rouge, le néo-retraité est à peine reconnaissable.  N’eût été la forme qu’il a maintenue coûte que coûte depuis cet épisode du 11 janvier, personne ne l’aurait reconnu pas même ses interlocuteurs.
Ils sont cinq, à lui faire les yeux doux. Carlo Ancelotti[1] qui s’apprête à reprendre Manchester avec la bénédiction de Sir Alex Ferguson, René Meulesteen l’homme qui l’a aidé à passer d’ailier virevoltant à buteur constant, Sergio Ramos qui veut mettre son titre de «meilleur défenseur du monde» là où les beaux gestes défensifs sont acclamés et enfin le rapide Anthony Martial pour bloquer toute fuite éventuelle.

Pressé par le bruissement régulier des langues qui se délient autour d’eux et la rumeur de cette réunion secrète qui enfle à mesure que les Parisiens vont et viennent, le quintet lance sa mission : ramener Cristiano, à Manchester.
Cet amour que Florentino Pérez - avec qui il entretient des relations difficiles - et les fans de la Maison Blanche n’ont pas su lui donner, les mancuniens peuvent le lui offrir.
Tel le capitaine Miller (Tom Hanks) parti avec ses hommes sauver un certain James seul rescapé de la fratrie Ryan dans une Normandie ensanglantée, les mains de Ferguson tremblent. La trentaine de millions qu’on lui a proposée en guise de rémunération, sans doute.
À son tour, Ancelotti promet au joueur aux boucles d’oreilles scintillantes et au sourir éclatant, d’en faire un …avant-centre. Dans un anglais parfumé à l’italien, il lui assure «qu’il réussira ce qu’il a déjà fait avec Pirlo et Di Maria auparavant»[2].

Les lunettes de soleil tombent d’un geste lent, fluide. Les yeux embués de larmes, irrités par les effluves de cette touchante réunion, apparaissent alors. Cristiano Ronaldo sourit, puis s’en va.
Pour avoir sauvé le Commandant Ronaldo, le quintet mancunien reçoit quelques mois plus tard le Prix Nobel de la Paix.

«Muchas gracias a todos», glisse, sourire malicieux en coin, le néo-mancunien au moment où il devient en ce mois de Janvier 2017 quadruple Ballon d’Or.


[1] C’est sur le banc du Bayern Munich qu’Ancelotti ira finalement, pour remplacer Guardiola.
[2] C’est à lui qu’on doit en partie le repositionnement de Pirlo, en meneur reculé et celui d’Angel Di Maria, passé d’ailier droit à milieu intérieur gauche.



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