YAKÔ: CE MOT QUI SE PASSE DE MAUX

27 - 10 - 2013 | Jo Davis

Qu'il soit de tristesse, de compassion ou de douleur, ce mot nous accompagne quasi quotidiennement. Il se dit, se ressent, se vit parfois même. Ses déclinaisons sont toutes aussi multiples, du Yako sincère pour exprimer notre ferme soutien au Yako de circonstance parce que l'on ne trouve rien d'autre à dire.

YAKO : SON ORIGINE
Le mot Yako peut se trouver aujourd'hui dans n'importe quel dictionnaire "nouchi" en ligne. La définition usuelle étant la suivante : expression utilisée pour exprimer sa compassion[1]".
Pourtant ce mot est si fort que dans un contexte très hypothétique voire totalement imaginaire et farfelu nous avons décidé de croire qu'il serait issu d'une coutume prônant l'utilisation d'un « Yako », sorte de bois ancestral aux vertus guérisseuses ! Juste pour rire … Yako à nous car il n'en est rien !

Plus sérieusement, les sociolinguistes nous apprennent que les mots du français populaire ivoirien "proviennent en majorité de la déformation phonologique et morphologique des mots français" mais aussi de "procédés tels que que l'emprunt ou la troncation[2]".

Nous apprenons alors que Yako, fait partie de ces mots nouchi empruntés dans le lexique des langues ivoiriennes à défaut d'en trouver une équivalence dans la langue française.
L'origine agni-baoulé ainsi dévoilée, nous ramène non seulement à la compassion par rapport à la douleur d'autrui mais aussi au fait de présenter ses condoléances : aller dire Yako.

En effet, en baoulé, "colère et douleur" se désigne par le même terme "ya".
Une autre racine, "ki" est mise pour représenter les interdits alimentaires c'est à dire la renonciation. Le terme "Yaki" ainsi formé se rapproche du terme Yako pour signifier "renonce à  ta colère" en d'autres termes, "pardon, laisse pour toi à Dieu[3]".

DES UTILISATIONS MULTIPLES

« Yako, yako ! » doublons le pour plus d'effet. Rajoutons-y quelques onomatopées du genre « ohh », « hmmm » pour un Yako des plus profonds, une douleur véritablement partagée. « Vraiment Yako ».Et les anecdotes n'en finissent pas...


[1]. Source Wikipédia
[2]. Travaux de Noël Kouassi Ayewa, enseigant-chercheur en science du langage à l'Université Félix houphouët Boigny. Il publie « Mots et contextes en FPI et en nouchi » en se basant notamment sur les travaux de la célèbre sociolinguiste Suzanne Lafage.
[3]. Pierre Etienne (1996), Phénomènes religieux et facteurs socio-économiques dans un village de la région de Bouaké, Cahiers d'Etudes Africaines, Numéro 23, volume 6, pp 367- 401.

« Yako !Yako ! Yako-o-o-o ! [.] Ils compatissaient, non pas tellement pour le petit neveu qui avait fait l'idiot en allant chercher la femme d'autrui [.] mais pour le pauvre Ahébé qui était obligé de répondre des bêtises de ce petit neveu[4]»
De façon légère, Yako peut être utilisé par nostalgie et regret : « école ivoirienne, yako ! » « Abidjan, yako, les gens t'ont mis sur leur tête ! »

Vient aussi le Yako qui met en garde, celui moins évident qui plaint et va parfois même jusqu'à sanctionner : « Tu crois que tu as toujours raison quoi ? Hmm Yako pour toi ! »
Enfin, nous avons appris une dernière signification issue de la locution "aller yako" dans le jargon estudiantin, et se traduisant par "être mort".

ET SI ON « GOOGLE » LE MOT YAKO ?
Voilà un exercice qui nous a un peu amusé.
Outre la ville de Yako au Burkina Faso, nous découvrons le concept YAKO de l'Orange Bleue, centre de fitness discount en Europe.  Cette marque déposée regroupe un ensemble de disciplines (Yako pump, Yako attitude, Yako détente, Yako combat, Yako Baila, …) accessibles au plus grand nombre.

YAKO, TOUT UN CONCEPT
Yako gentil, Yako douloureux, Yako méprisant, Yako superficiel, ce mot est aujourd'hui indispensable à notre vocabulaire. On est souvent bien content qu'il soit là, afin d'éviter des mots maladroits face à une situation indélicate. Mais dire Yako est il aussi fort que le recevoir ?
 
Nous nous sommes posé la question et le constat indéniable est que, à chaque fois, ce mot est bien reçu. D'un acquiescement de la tête à un oui ferme en passant par une accolade, les signes d'acceptation sont multiples.
Pourrait-on seulement le traduire en un seul mot français ?
-> "Désolé" ? Plutôt bien réussi. Mais il y a tout de même quelque chose de passif dans ce mot. Comme si tout le mal était seulement observé et pas également partagé.
-> "Tiens bon" ou "courage" ? Oui pour l'encouragement mais non pour le côté nostalgie et désolation.
-> " Misère" ? Comment dire... Next !
En somme, l'exercice paraît difficile, on vous laisse vous y coller, mais entre nous ... Yako, d'avance !

[4]. Extrait du « lexique français de Côte d'Ivoire » par Suzanne Lafage , consultable en ligne sur http://www.unice.fr/ILF-CNRS/ofcaf/16/16.html



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