UNE ALLÉGORIE DE LA LIBERTÉ

13 - 12 - 2013 | Chon Crick

Il est un peu moins de vingt-trois heures ce jeudi 5 décembre 20013 quand la nouvelle tombe. Tel un frisson qui vous parcourt l’échine, elle foudroie, paralyse, pétrifie. Nelson Mandela n’est plus ! Le leader sud-africain vient de s’éteindre à l’âge de 95 ans. Depuis plusieurs mois, son décès était annoncé. Il aura fallu attendre quelques mois pour que la nouvelle se confirme finalement. Aussitôt, l’information se répand telle une traînée de poudre. Choc planétaire. Choc que chacun aura surtout vécu avec ses souvenirs…
« Taisez-vous ! », nous lance cette femme d’une quarantaine d’années au moment où débute la retransmission. Elle n’est pas la seule à tourner les yeux vers ce petit écran de télévision afin d’y voir les moindres faits et gestes de cet homme politique sud-africain. Ce dimanche 11 février 1990, ils sont nombreux à en faire autant.
Adolescents, enfants, femmes, hommes, tous tournent les yeux dans la même direction. Celle de cet objet électronique devenu preuve historique. Nos souvenirs qui menacent de nous trahir d’un instant à l’autre nous font penser qu’ils étaient une demi-douzaine, sinon plus, dans cette pièce, à vivre l’évènement.
« Le voilà ! », lance-t-elle au moment même où il apparaît. Presque aussitôt, l’émotion se ressent  dans cette « salle de vie ». Tellement présente qu’on a l’impression que la vie s’est…arrêtée. Les gestes sont emprunts d’une rare lenteur, les mots d’une émotion certaine. Le ton est grave, l’heure est grave !
Á peine conscients de ce qui se déroule sous nos yeux, nous essayons de nous frayer un passage au milieu de ces adultes momifiés depuis quelques instants. Et là, parmi ces statues à visage humain, nous découvrons un homme vêtu d’un costume gris, les cheveux grisonnants. Sa démarche nonchalante nous surprend, aussi nous posons une question à voix haute : « C’est qui le monsieur ? ». Notre petite voix d’enfant insouciant ramène brutalement ces grandes personnes dans l’instant présent. « Nelson Mandela », lance l’une d’entre elles, avant de préciser : « Il sort de prison. Il est resté longtemps là-bas ». Nous n’en saurons pas plus.
Parce que les sentiments étaient trop forts ce jour-là pour expliquer à un enfant avec des mots simples ce que ce monsieur à la démarche claudicante représentait, les symboles qu’il drainait dans son sillage. Dans cette pièce où la lumière jouait à cache-cache, telle une petite fille heureuse, ils ne nous en diront pas plus. Tandis que le célèbre prisonnier de Robben Island retrouvait la lumière, nous étions plongés dans l’obscurité. Parce que trop jeunes pour savoir qui il était. Et depuis, les choses ont changé.
Enfants des années 80, nous avons appris puis retenu des éléments le concernant. Comme les vingt-sept années passées en prison ou encore son numéro de détenu, le 46664. De même, on nous a rabâché les faits saillants de son parcours (opposition pacifique avant d’opter pour la lutte armée dans les années 60). 

Mais pourtant avec cet homme au visage facilement reconnaissable, nous n’entretenions qu’un rapport distant. Loin de l’idolâtrie dans laquelle beaucoup ont versé. La raison de cette distance est simple.

De par son parcours, il suscite l’admiration, force le respect. Nous sommes donc à la fois étonnamment distants de Mandela le personnage et extrêmement respectueux de Nelson Mandela la personne. Dire qu’il n’a pas été pour nous une source d’inspiration au sens propre du terme n’est pas une injure, mais un signe de respect. Le respect qu’un individu lambda porte à une personne dont le parcours semé d’embûches ne peut être occulté. Nous aurions été maladroits et présomptueux de vouloir entreprendre les mêmes actions que lui, du moins une partie.
Alors, quand nos pensées voguent vers ce politicien au « parcours méditerranéen », nous le  faisons sans fanatisme aucun, mais avec une certaine dose de réalisme. Ce réalisme qu’il incarne à travers son combat pour la liberté. Liberté sans concession. Ou encore par le biais de ses idées notamment sur l’absolue nécessité de pardonner à ses geôliers sont plus que jamais d’actualité. Surtout dans notre pays où les plaies purulentes saignent encore…
Celui que les sud-africains appelaient « Madiba » représente en chair et en os cette notion si familière et si étrangère, à savoir la liberté. Nous en avons tous notre propre définition. Elle varie en fonction de nos croyances, de notre grille d’analyses, de nos intérêts. 

Mais devant cet être de chair et de convictions, les nôtres s’affaissent légèrement, parce que perturbés par la lumière qui émane de ce « phare à la peau noire ».
De la même manière que Mahatma Gandhi – qui par ailleurs a vécu en Afrique du Sud – incarne la non-violence ou encore que Ernesto « Che » Guevara symbolise lui la révolution, le « leader aux yeux bridés »  apparaît comme la représentation matérielle de la liberté donc, celle acquise dans la douleur et le pardon à la fois.
Ancré à la fois dans le passé et le présent, intemporel parce qu’il offre à tout le monde la possibilité de se l’approprier. On l’observe d’ailleurs ces derniers jours avec la vague d’émotions qui déferle sur tous les fronts. Comme ce vibrant hommage d’une femme politique française de premier plan, récemment confrontée  à des problèmes de racisme. Sujet récurrent « au pays des droits de l’homme ». La disparition de cet ardent défenseur de l’égalité prend une toute autre signification, en ces heures où le « côté obscur de la force » revient.
Lorsqu’un fils quitte définitivement le « berceau de l’humanité », on a coutume de pleurer. Nous, nous avons choisi de ne pas verser de larmes. Parce qu’aussi surprenant que cela puisse paraître nous nous estimons chanceux. Chanceux d’avoir découvert ce lundi de février 1990, « l’inconnu au visage familier ».



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